Introduction
En moins d’une décennie, les loisirs indoors ont changé de nature. Ce qui était une offre par défaut » il pleut, on va au bowling « , est devenu une destination en soi, revendiquée, planifiée, Instagrammable. En 2025, le marché français des loisirs intérieurs approche les 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires avec plus de 13 millions de visites annuelles et quelque 2 500 établissements actifs sur le territoire. Il affiche une croissance structurelle de +15 % par an en moyenne sur les complexes multi-activités depuis 2019, un rythme que très peu de secteurs de l’économie des loisirs peuvent revendiquer.
Ce dynamisme ne doit rien au hasard. Il résulte d’une confluence de facteurs durables : la réorientation des dépenses des ménages vers les expériences plutôt que les biens (les dépenses récréatives ont bondi de +40 % depuis 2019 pour dépasser les 12 milliards d’euros), l’urbanisation qui réduit les espaces extérieurs accessibles, l’instabilité climatique qui fragilise les loisirs en plein air, et l’émergence d’une économie de l’expérience qui place l’émotion partagée au cœur des arbitrages de consommation. En 2025, ce marché attire les investisseurs, consolide ses acteurs, et ouvre des fenêtres d’opportunités inédites pour 2026 (notamment dans l’immobilier reconverti, les villes moyennes, et la clientèle BtoB).
”Ces lieux qui proposent généralement près d'une dizaine d'activités répondent parfaitement à l'engouement croissant des Français pour les loisirs tout en répondant aux attentes de toute la famille. Ce succès et la rentabilité de ce business model attirent les investisseurs
Benoît Samarcq, Directeur d'études, XerfiÉtude loisirs indoor 2024-2026
1. État du marché en 2025 : la maturité par la diversification
Le marché des loisirs indoors français est structurellement divisé en neuf segments identifiés par Xerfi. Les complexes multi-activités (family entertainment centers) dominent la hiérarchie par leur surface, leur ticket moyen et leur capacité à capter plusieurs générations simultanément. À leur tête, Speedpark — pionnier fondé en 1998, aujourd’hui intégré au groupe Otium Leisure — exploite plus de 20 centres en France et en Espagne pour 4 millions de visiteurs annuels sur des surfaces moyennes de 5 000 m². Environ 15 nouveaux complexes de plus de 5 000 m² ont ouvert en 2025 (Xerfi), un signal d’accélération rare dans un contexte macroéconomique contraint.
Le segment des parcs de trampolines et kids parcs reste le pilier des visites famille, tandis que les salles d’escalade ont atteint les 300 établissements en France grâce à une croissance annuelle de +10 %. Les escape games approchent de leur maturité, avec plus de 800 salles, mais trouvent un second souffle dans les versions VR scénarisées. Le laser game et la réalité virtuelle connaissent, eux, une légère perte de vitesse en format standalone mais se repositionnent efficacement en composantes d’un complexe plus large.
Sur le plan capitalistique, 2024-2025 a marqué le début de la consolidation sectorielle. Le groupe Otium Leisure (créé en 2021 par Édouard Malnoy et Jérémy Letovsky, adossé à Otium Capital) a sécurisé en septembre 2024 un financement unitranche de 140 millions d’euros auprès d’Eurazeo Dette Privée, avec l’ambition de porter son réseau à 1 000 points de vente d’ici 2030 contre 130 centres opérés fin 2024. Le groupe a intégré en juillet 2024 Games Factory (n°2 du FEC français, 13 centres, 20 M€ de CA), rejoignant notamment Speedpark, Fort Boyard Aventures, Koezio, Eclipso, Kids Empire et Kojump dans son portefeuille.
2. Tendances de fond : l’expérience comme seul critère
La tendance la plus structurante de 2025 est l’hybridation des formats. Proposer dans un même lieu trampoline, aire de jeux, réalité virtuelle, parcours ninja, escape game et restauration n’est plus une différenciation, c’est devenu la norme pour tout nouveau complexe de plus de 2 000 m². Cette stratégie répond à une logique économique simple : allonger la durée de visite, maximiser le panier moyen, et lisser la saisonnalité. Un visiteur qui peut enchaîner trois activités reste deux fois plus longtemps et dépense 40 % de plus qu’un mono-activité (sources opérateurs).
Les nouvelles activités émergentes confirment cette quête permanente de nouveauté : lancer de haches, surf indoor, simulateurs de chute libre, padel indoor, ce dernier étant le sport de raquette à la croissance la plus rapide en France. La réalité virtuelle, quant à elle, connaît une renaissance technique avec l’arrivée des casques micro-OLED, des gants haptiques et des configurations full-body qui transforment l’escape game VR en expérience cinématographique. La France compte désormais plus de 300 000 utilisateurs actifs de VR au quotidien, dont 60 % liés au gaming, un vivier de clients naturel pour les opérateurs indoor.
”Proposer dans un même lieu trampoline, aire de jeux, réalité virtuelle, parcours ninja ou escape game attire familles, groupes scolaires et team buildings sur une durée plus longue. Cette formule amortit mieux les surfaces, favorise les ventes annexes et dynamise la fréquentation toute l'année
Groupe 2TSTendances entrepreneuriat loisirs 2025
La clientèle BtoB constitue la grande opportunité silencieuse du secteur. Les événements d’entreprise, team buildings et séminaires génèrent un revenu moyen par visite bien supérieur au public individuel, et bénéficient d’une saisonnalité complémentaire (semaines de travail, hors vacances scolaires). Les complexes qui ont structuré une offre BtoB dédiée (salle de réunion, devis groupe, encadrement personnalisé) rapportent qu’elle représente jusqu’à 20-30 % de leur chiffre d’affaires annuel avec une marge brute supérieure. En parallèle, la démographie inclusive (seniors, personnes à mobilité réduite, groupes scolaires) constitue un relais de croissance inexploité pour la majorité des opérateurs.
3. Le loisir indoor entre dans l’ère des champions
Le marché des loisirs indoors français n’est plus un secteur émergent. Il est en phase de consolidation capitalistique accélérée et en phase d’expansion géographique raisonnée vers les territoires sous-équipés. Les 2 milliards d’euros atteints en 2025 ne sont qu’un premier palier : avec un pipeline de 15 nouveaux complexes ouverts en 2025, une base de consommateurs qui réalloue durablement leur budget vers l’expérience, et un tissu immobilier en reconversion qui offre des fonciers attractifs, la trajectoire vers 3 milliards d’euros est engagée.
Pour les investisseurs, promoteurs immobiliers et collectivités, 2026 représente une fenêtre d’entrée stratégique : avant que les positions dominantes soient verrouillées, dans des territoires encore ouverts, avec des modèles économiques éprouvés. Pour les opérateurs déjà en place, le défi est clair : continuer à innover dans l’expérience, fidéliser par l’abonnement, et ne pas négliger la clientèle professionnelle qui peut doubler la profitabilité d’un site.
Le marché des loisirs indoor en 2025


