1. Le marché du numérique français : croissance à deux vitesses
e secteur numérique français affiche en 2025 une croissance globale limitée à +2 %, soit un net ralentissement par rapport aux +7 % enregistrés en 2024. Ce résultat d’ensemble cache des réalités très contrastées selon les métiers, dans un contexte macroéconomique tendu, marqué par des incertitudes géopolitiques et une instabilité politique nationale persistante. Le numérique représente 5,5 % du PIB français — contre 10 % aux États-Unis — ce qui illustre le retard structurel européen que le rapport Draghi a mis en lumière dès 2024.
La ligne de fracture est nette. Les éditeurs de logiciels et plateformes SaaS/PaaS/IaaS tirent le marché avec une croissance de +8,2 %, pour 29,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires. La migration vers le SaaS s’accélère : 77 % des nouveaux projets sont désormais réalisés en mode SaaS au second semestre 2025 (contre 53 % en 2021). À l’inverse, les entreprises de services du numérique (ESN) reculent de –1,8 % à 34,3 milliards d’euros, portées par une réduction des budgets DSI, un ralentissement dans les secteurs clients clés (automobile, aéronautique, télécoms) et une bascule accélérée des dépenses vers les éditeurs. Le conseil en technologie fléchit à 7,7 milliards d’euros.
”Les entreprises européennes ont du mal à gagner en compétitivité à cause d'une réglementation trop importante, d'un marché trop fragmenté et d'un manque d'investissement
éronique Torner, Présidente de NumeumBilan S2 2025, Décembre 2025
2. L’e-commerce franchit le cap des 196 milliards d’euros
Le commerce en ligne confirme sa maturité structurelle. En 2025, le e-commerce français (produits et services confondus) atteint 196,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit +7 % sur un an selon la FEVAD, confortant la France dans son rang de troisième marché e-commerce européen derrière le Royaume-Uni (150,7 Mds €) et l’Allemagne (80,6 Mds €). Le secteur des services en ligne pèse 120,3 milliards d’euros (+9 %), porté par le tourisme, l’énergie et la mobilité, tandis que les ventes de produits progressent de +4 % à 76,1 milliards d’euros. Le cap symbolique des 200 milliards d’euros est désormais en vue pour 2026.
Les comportements d’achat se sont profondément stabilisés. 73,3 % des Français de plus de 15 ans ont effectué au moins un achat en ligne en 2025 — un chiffre supérieur de 8 points à la moyenne européenne. L’économie circulaire gagne du terrain : 51 % des cyberacheteurs ont acheté au moins un produit de seconde main, et 43 % ont revendu un article en ligne. L’IA générative est désormais intégrée par 82 % des acteurs français du e-commerce (3 points de plus que la moyenne européenne), principalement pour l’automatisation du service client, la personnalisation et l’optimisation logistique. Les DLC et microtransactions explosent avec +51 % sur console et +36 % sur PC dans l’univers du gaming, illustrant la montée du modèle d’abonnement et de contenu additionnel dans l’ensemble de l’économie digitale.
”Le e-commerce français confirme qu'il est devenu un véritable levier de performance économique. Cette dynamique repose sur la capacité d'innovation des entreprises françaises et sur la confiance des consommateurs
Marc Lolivier, Directeur général de la FEVADBilan 2025, Février 2026
3. IA, cybersécurité et souveraineté : les trois défis structurants
Si la transformation digitale progresse, elle s’accompagne de tensions qui redéfinissent les priorités des décideurs français. L’intelligence artificielle est désormais adoptée par 66 % des entreprises françaises toutes tailles confondues (contre une moyenne européenne
inférieure). Les gains de productivité liés à l’IA générative sont estimés à 12,5 % en 2025 pour les éditeurs de logiciels, avec une progression attendue à 17 % en 2026. 50 % des employés de bureau en France déclarent utiliser régulièrement l’IA générative. Côté cloud, le marché connaît une hausse estimée à +21,5 % en 2025, porté par les infrastructures hybrides combinant cloud public et privé. La question de la souveraineté des données s’impose néanmoins comme un frein : 42 % des entreprises du numérique accompagnent déjà leurs clients sur ces enjeux, et les projets de souveraineté représentent en moyenne 150 000 à 200 000 euros d’investissement.
La cybersécurité est devenue un enjeu stratégique de premier rang. 65 % des dirigeants français placent la cybersécurité dans leur top 3 des priorités en 2025, un bond de 5 points en un an (PwC). 78 % des entreprises prévoient d’augmenter leur budget cybersécurité dans les 12 mois à venir, et l’IA figure comme principal levier d’investissement cyber (36 %), devant le cloud (34 %). Le coût moyen mondial d’une violation de données atteint 4,44 millions de dollars en 2025 (IBM). En France, le cadre réglementaire se renforce : la transposition de NIS2 et de l’IA Act génère une nouvelle vague de projets de mise en conformité, tandis que l’INESIA (Institut national pour l’évaluation et la sécurité de l’IA, créé en 2025), adopte sa feuille de route 2026/2027, fédérant l’ANSSI, Inria, le LNE et le PEReN autour d’une ambition souveraine.
”La France ne pourra préserver sa compétitivité sans investissements accrus dans le numérique. Le risque est de creuser l'écart avec des économies où le numérique pèse déjà 10 % du PIB
NumeumAnalyse marché numérique France 2025, Janvier 2026
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